Sud-Kivu : les malades insolvables, casse-tête des hôpitaux

Les « démob », ex-malades contraints de rester dans l’hôpital, de céder leurs biens de valeur ou de travailler dans les champs de l’établissement pour payer les soins, sont toujours aussi nombreux dans les formations sanitaires d’Uvira au Sud Kivu comme ailleurs en RD Congo.

On les appelle « démob », diminutif de « démobilisés », ces ex-malades qui ne sont plus comptés parmi les patients, mais contraints de rester à l’hôpital tant qu’ils n’ont pas payé leurs dettes. Comme les ex-soldats démobilisés, sans moyens, car la plupart sont des indigents, ces ex-malades ont besoin d’une assistance pour s’acquitter des soins reçus.

Bien qu’ils aient obtenu l’autorisation officielle de sortie délivrée par l’autorité de l’établissement, dans plusieurs formations médicales d’Uvira, au Sud-Kivu, ces gens guéris sont nombreux à ne pouvoir sortir, étroitement surveillés par les gardiens de l’établissement.

Ce sont souvent des femmes qui viennent d’accoucher, surtout celles qui ont subi une césarienne qui sont ainsi enfermées avec leurs bébés.

Craignant de devenir « démob », certains malades acceptent délibérément ou par contrainte de laisser des biens de valeur auprès des services comptables pour les récupérer dès que possible, d’autres préfèrent éviter l’hôpital et pratiquent l’automédication estimant que les soins médicaux sont trop chers.

Mais, ces médicaments, pris sans contrôle, induisent souvent des résistances aux maladies ou ne sont pas adaptés à la maladie. Les gens arrivent, sans un sou, dans les centres de santé quand leur vie ne tient plus qu’à un fil.

Soigner d’abord

Les médecins ne peuvent que leur sauver la vie. « On soigne d’abord, l’argent vient après. Malheureusement, ces malades finissent par s’évader. Pour ne pas perdre de médicaments, payer des taxes et supporter d’autres charges de l’hôpital, nous les retenons pendant deux à trois semaines pour voir leur degré de volonté, afin qu’après cette humiliation, la dette soit payée », explique le docteur Gildo Magaju Byamungu, médecin directeur à l’hôpital général de référence de la 8èmeCEPAC/Kasenga.

Pour son collègue, le docteur Claude Mwambali de Sange, dans la plaine de la Ruzizi, il faudrait faire faire des travaux de débroussaillage à ceux qui n’ont pas d’argent : « Cela leur permettra de chercher comment trouver ce qu’ils doivent à la formation médicale qui les a soignés lorsqu’ils n’espéraient plus vivre. Autrement, on fermera les portes. »

Selon lui, « en territoire de Fizi, au Centre hospitalier de Tanganyika, ces insolvables demandent eux-mêmes à labourer le champ de cet établissement en contrepartie des frais à payer.

 » Des bienfaiteurs passent parfois rembourser les frais des malades insolvables, certains candidats l’ont fait ostensiblement durant la dernière campagne électorale.
Mais pour Marie-Jeanne Bululu, infirmière du Centre médical Naomi, « ces malades qui ne s’acquittent pas des frais sont de mauvaise foi, d’autant plus qu’ils ont des chèvres et des poules qu’ils ne veulent pas vendre pour payer les frais des soins ».

Les mutuelles de santé qui font leur apparition à Uvira, comme celle du bureau des œuvres médicales de l’archidiocèse de Bukavu ouverte depuis trois mois qui couvre 50 ou 80 % des frais médicaux, commencent à intéresser les habitants. Ils pourront ainsi se faire soigner sans avoir trop à débourser.

Par Robert Shemamba

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