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L’Affaire Chebeya de Thierry Michel

L’Affaire Chebeya comme toutes affaires congolaises est compliquée. Une occasion pour le cinéaste belge Thierry Michel de braquer une nouvelle fois sa caméra sur son sujet de prédilection, la République démocratique du Congo (RDC).

Un militant congolais des Droits de l’Homme, Floribert Chebeya, est retrouvé mort dans sa voiture et les autorités concluent à un décès pendant un acte sexuel. La famille et les amis de cet homme ne l’entendent pas de cette oreille et grâce à leur mobilisation, une enquête « indépendante » va être ouverte.

En réalité, soutiennent les proches de Floribert Chebeya, cette mort a tous les traits d’un assassinat déguisé, celui d’un homme qui dérange. La question reste sur les lèvres : Qui a commandité la mort du président de l’association congolaise La Voix des sans-voix, le 2 juin 2010 à Kinshasa?

« Dès que j’ai entendu parler de l’assassinat de Floribert Chebeya, j’ai pris ma caméra et je suis reparti en RDC Congo. Ce pays que je filme depuis maintenant deux décennies. D’autant que je connaissais Floribert depuis les massacres historiques lors de la marche des chrétiens en 1993. J’avais une grande estime pour son courage, son idéal, son intégrité. »

Thierry Michel

Floribert Chebeya était de tous les combats au Congo depuis bien longtemps, alors que le pays portait notamment le nom de Zaïre. Sous Mobutu, comme sous les règnes de Kabila père et fils, le militant dénonçait l’injustice et la situation désastreuse des Droits de l’Homme dans l’un pays les plus riches du monde. L’un de ces derniers combats, c’était la répression brutale menée dans le Bas-Congo.

Courtoisie : ©Th Michel

L’État congolais n’avait donc pas le choix de tenir un procès. Et c’est ce que révèle le cinéaste dans L’Affaire Chebeya.

« Avec celui [des assassins du président] Laurent-Désiré Kabila en 2001, c’est le plus grand procès exceptionnel qui s’est déroulé depuis l’indépendance », soulignait d’ailleurs Thierry Michel dans une entrevue au journal Le Monde.

Comment souvent Chebeya n’est pas mort tout seul. Son chauffeur Fidèle a aussi disparu et personne ne sait où il se trouve.

L’arrestation de plusieurs policiers et même le témoignage de quelques officiers ne donnent pourtant pas l’impression, tout au long du film, que justice sera faite ou même que les véritables coupables seront écroués.

Le cinéaste s’interroge sur la nature de cette mort : « Je me suis posé la question durant toute la réalisation de ce film. Ce crime a-t-il été commis par des gens appartenant à l’État pour défendre leur intérêt personnel, ou par l’État lui-même ? »

Le colonel Daniel Mukalay - Courtoisie : ©Th Michel

Les témoignages des principaux accusés devant le tribunal, de même que d’autres personnes liées à l’affaire méduseront à coup sûr les cinéphiles, mais ne surprendront certainement pas les abonnés des films documentaires du cinéaste belge.

Citons le cas du colonel Daniel Mukalay ou du témoin camerounais, Gomer Martel, difficile à cerner. La scène du témoignage de John Numbi, l’ex-chef de la police, est également saisissante.

Le colonel Daniel Mukalay, Christian Ngoy, Jacques Mugabo, Paul Mwilambwe, Michel Mwilla ont été reconnu coupable. Le colonel, accusé principal, a été destitué de la Police nationale congolaise. Trois autres policiers ont également été acquittés.

L’Affaire Chebeya a nécessité un an de tournage, huit mois de procès et sept voyages aller-retour vers Kinshasa de Thierry Michel. Comme souvent, ce dernier propose un film-vérité, un cinéma du réel qu’il faut voir pour se rendre compte du combat de deux femmes, les épouses des disparus, pour une autre justice au Congo.

Photo Courtoisie : Thierry Michel

Pour en savoir plus sur le film:

Le site officiel du film

– La bande annonce du film

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