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Rue Darwin, le dernier roman de Boualem Sansal

Après son dernier ouvrage, Le village de l’Allemand, l’écrivain Boualem Sansal a publié Rue Darwin, dans la collection blanche de Gallimard, un roman dans lequel il brosse le portrait de l’Algérie tel qu’il a vu grandir, et ce, par le truchement d’une famille pas comme les autres.

Yaz, le narrateur, que le lecteur suit tout au long des 256 pages du livre, revient sur les cinquante ans de son existence. Tout commence au chevet de sa mère mourante à Paris, aux côtés de ses frères et sœurs, Karim, Souad, Nazim et Mounia.

Eux vivent aux quatre coins du monde, Marseille, San Francisco, Ottawa, Paris, tandis que lui est resté à Alger s’occupant de sa maman Karima. Yazid est le grand frère qui a été trimballé toute sa vie avant d’atterrir enfin chez cette femme étrangère, sa mère.

Héritier d’une grande famille qui s’étend de Libye au Maroc (les Kadri), Yaz va se rappeler une partie de son enfance dans cette prison de luxe, chez Djéda, sa toute-puissante grand-mère, chef du clan Kadri.

Lorsque Karima meurt à Paris devant ses enfants, Yaz entend un message qui va déclencher en lui tout un processus : « Va, retourne à la rue Darwin ». Suivant son instinct, il va retourner dans son passé, sur la rue Darwin, dans le quartier Belcourt, à Alger, « le temps de déterrer les morts et de les regarder en face ».

Comme il l’avait déjà fait dans son précédent roman, Le Village de l’Allemand, récompensé par le Grand Prix RTL-Lire, le Grand Prix SGDL du roman et le Grand Prix de la francophonie 2008, Boualem Sansal réussit à surprendre le lecteur avec un récit prenant et qui donne à chaque fois l’envie de tourner la page suivante pour en savoir plus. La fin vaudra d’ailleurs le détour.

L’histoire est celle de cet algérien qui s’en réclame à chaque instant, Yaz, forcément autobiographique. Rue Darwin narre également la recherche de vérité de Boualem sur sa vie, sa famille.

« Ma mère est morte il y a trois ans, indique-t-il dans une entrevue à RFI. Évidemment, une fois le deuil achevé, je me suis trouvé avec des choses qui remontaient en moi. D’abord un regret, le regret de n’avoir jamais discuté avec ma mère. »

Ce sixième roman est également pour Boualem Sansak l’occasion de régler ses comptes, notamment avec l’islam et les imams. « La religion me paraît très dangereuse par son côté brutal, totalitaire », souligne-t-il dans une autre entrevue, cette fois à l’Express.

« Mais je l’avoue , j’étais nul en religion, l’islamique s’entend, c’est la religion au pouvoir ici, j’ai toujours eu du mal avec elle, son univers impitoyable et ses maigres consolations me rebutaient tant, mais comment lui échapper, tout est entre ses mains, c’est une pieuvre qui s’insinue partout, ses aguets sont infatigables comme des fous, ils patrouillent à l’intérieur de nos têtes, fouillent nos rêves, fustigent nos manières, hurlent à la mort. »

Le roman est également une sorte d’hommage à toutes les femmes d’Algérie,  qui n’ont jamais baissé les bras, malgré les époques, les guerres et les difficultés de la vie. Les hommes sont tellement peu présents qu’ils n’ont aucun poids d’ailleurs.

Karima, Djéda, Faiza, Farroudja, toutes ses femmes qui ont façonné le caractère du personnage Yaz sont des modèles et, de fait, des mères à part entière.

Le seul bémol pour cet ouvrage serait peut-être du côté de sa structure qui ne facilite pas toujours la compréhension, pour certains lecteurs, de cette Algérie forcement compliquée, assise entre deux chaises, son passé « français » et son avenir plus que jamais algérien…

Boualem Sansal, Rue Darwin, éditions Gallimard, 256 pages.

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Un commentaire
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  1. Pour avoir une idée exacte de l’histoire de la Rue Darwin (Belcourt -ALGER) visitez
    le Blog « ruedarwn.over-blog. com »

    MUSDARWIN

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